194. Marsan ou Merçan dit Lapierre, Pierre-François, né vers 1626 à Rouen (Saint-Nicolas), Seine-Maritime, Normandie, fils de Jean et de Jacqueline Vincent. Arrivé le 19-06-1665 sur Le Vieux Siméon. Sergent de la compagnie de Chambly au régiment de CarignanSalières, marié à Québec le 22-09-1670, avec Françoise Baiselat, fille du roi, née vers 1651 à Paris, Seine. Décédé vers 1693 à Montréal (Pointe-aux-Trembles), 55 ans, 10 enfants. Ménage établi à Montréal (Pointeaux-Trembles). Agriculteur. (DGFQ, p. 775) (CS, p. 405)
20,17,2Fille du Roi.
Arrive à Québec le 3 juillet 1668 par le navire "La nouvelle-France"
Veuve de Laurent Cambin
Se remarie en 1693 à André Corbeil
20Françoise Baiselat (vers 1651-1694)
Autres graphies : Baizela, Bizelan.
Ses origines
Âgée d’environ 17 ans, Françoise Baiselat quitte la France . est orpheline de père, décédé en 1662, maître potier d’étain, bedeau ou porte-verge de l’église Saint-Sauveur de Paris ; il s’appelait Benjamin et sa mère Claude Proux. Françoise a trois sœurs : Espérance, Marie et Françoise, son homonyme, et deux demi-sœurs : Jeanne et Anne . Même si elle est Fille du Roy, rien n’indique qu’elle ait touché la dot royale de 50 livres. En 1668, elle apporte toutefois des biens pour une valeur de 300 livres peut-être à la suite de l’inventaire des biens de son père passé devant notaire le 10 février 1662 à Paris. Que lui révélera l’aventure d’une nouvelle vie en Amérique ?
Son premier futur
Il a nom Laurent Cambin dit Larivière, 32 ans, fils de Denis Chambin, maître menuisier, marié en premières noces à Sybille Figuère et père d’une fille Marguerite, née en 1628, et remarié à Pernette (et non Perrette) Caillaud dont Laurent fut leur premier enfant. Laurent Cambin est né le 1 er janvier 1636, baptisé le 2 à Saint-Agricol de la ville d’Avignon, dans le département de Vaucluse, en Provence . Six autres enfants le suivront : Anne (1636), François Marie (1638), Honorade (1641), Marie (1646), Hélène (1647) et Gilles (1650).
Laurent se consacre à la carrière militaire. C’est sous cette fonction qu’il arrive en Nouvelle-France le 12 septembre 1665, sur La Justice, sergent de la compagnie de Sidrac Michel Dugué sieur de Boisbriand du régiment de Carignan Salière, mandaté pour lutter contre les Iroquois, nation amérindienne qui menace la colonie naissante. Il est cantonné au fort Sainte-Thérèse sur la rivière Richelieu, participe aux deux excursions à Albany et, en 1668, lorsque le régiment est licencié, Laurent Cambin décide de rester en Nouvelle-France, intéressé à profiter de l’aide financière du roi pour s’y établir . C’est sans doute à ce moment qu’arrivent les 80 Filles du Roy de 1668 et que Laurent Cambin « connaît » sa future femme, car c’est à Québec qu’ils s’épousent d’abord devant le notaire Jean Lecomte pour le contrat de mariage, le 14 août, et à l’église de Québec, le 16 suivant. On peut bien croire que Françoise fut hébergée chez Jean Levasseur dit Lavigne, bourgeois de Québec, puisqu’il est présent au contrat de mariage.
Puis, pour Françoise, l’aventure continue. Les deux « oiseaux » prirent sans doute le canot pour Montréal puisque leur premier et seul enfant, Marie, est baptisée le 13 juin 1669 à Ville-Marie. Il est intéressant de constater que sont présents à ce baptême le parrain Séraphin Margane, sieur de Lavaltrie, lieutenant dans le régiment de l’Estrade des troupes de Tracy, et la marraine Marie Moyen, épouse de Sidrac Dugué de Boisbriand, le capitaine de Cambin. L’enfant prend le nom de sa mère Marie Françoise ; nous verrons plus loin ce qu’elle devient.
Malheureusement, la vie bouleverse Françoise Baiselat ; Laurent Cambin meurt à 34 ans, à l’hôpital ; il est inhumé le 5 mai 1670.
Son deuxième époux
Comme Montréal fourmille de militaires, Françoise trouve rapidement un deuxième époux : Pierre Marsan dit Lapierre de Rouen né vers 1626, il a environ 44 ans, sergent de la compagnie Chambly et, par la suite, de la compagnie LaMothe et il a, lui aussi, choisi de demeurer en Nouvelle-France. Il adopte sans doute l’enfant de Cambin, mais, comme il n’y a pas de contrat de mariage, le sort de Marie Cambin surgira au moment de l’héritage et de la succession de Françoise Baiselat. D’ailleurs, elle ne figure pas – comme vous le verrez plus bas – sur la liste des enfants de ce deuxième mariage… et, pourtant, Marie Cambin n’a qu’un an !
Françoise et Pierre s’épousent le 22 septembre 1670 – 4 mois après la mort de Laurent Cambin. Ce qui semble bizarre, à première vue, c’est que le mariage a lieu à Québec et non à Ville-Marie en présence notamment de plusieurs soldats. L’évêque de Pétrée a donné dispense de deux bans de publication. Question : où est le bébé Marie Cambin ? À Montréal ? Mystère.
Pierre Marsan dit Lapierre est le fils de Jean Marsan et de Jacqueline de Vincent originaire de la paroisse Saint-Nicolas de Rouen en Normandie. Le couple s’établit à Pointe-aux-Trembles, à Montréal. Ils auront dix enfants, pendant 20 ans, de 1671 à 1691, dont sept se marieront et trois seulement décèdent en bas âge. Françoise, à coup sûr, répondait à la fécondité attendue du roi pour peupler la Nouvelle-France.
Tous ces enfants naissent à Pointe-aux-Trembles et à Montréal. Force est de les considérer comme des pionniers et des pionnières de ce coin de Montréal, tout comme leurs parents.
Regardons brièvement leur cycle de vie. Plus tard, en 1694, la plupart seront aux prises avec une controverse d’héritage, ce que nous verrons plus loin.
Les enfants Baiselat-Marsan
1. Françoise est baptisée le 5 octobre 1671 – Marie Cambin a 2 ans – ; elle épouse en 1685 – elle a 14 ans – Gilles Marin, fils d’Antoine et le couple n’a pas d’enfant. Sont à leur mariage trois Filles du Roy : Claude Damisé, Jeanne Collet, toutes deux de 1668, et Antoinette Éloy de 1665.
2. Marie Renée se fait attendre… elle est baptisée le 14 mai 1674 et elle épouse en 1693 – elle a 19 ans – Jean Baptiste Dufresne, fils d’Antoine et de Jeanne Fauconnier, Fille du Roy de 1668 et ils eurent 6 enfants. Jean Baptiste meurt en 1703 à Montréal. Marie Renée se remarie et elle épouse Joseph Larchevêque le 8 août 1707, ils eurent six enfants, dont deux se marièrent.
3. Anne Antoinette arrive le 18 octobre 1676 ; elle épouse en 1700, le 19 mars, Pierre Biroleau dit Lafleur (1670-1726), fils de Pierre et de Marie Renoult, de Sainctes en Saintonge. Ils ont neuf enfants, cinq se marieront.
4. Pierre né le 22 novembre 1678 ne vécut que 7 jours.
5. Jeanne est un cadeau, dirions-nous, du jour de l’An 1680. Née et baptisée le 2 janvier, elle épouse à 22 ans Pierre Cadieux, fils de Jean Baptiste et de Marie Valade, Fille du Roy de 1663. Pierre Cadieux était veuf de Marguerite Ménard. Il meurt le 8 octobre 1727 à Rivière-des-Prairies, de même que Jeanne en 1755 à Rivièredes-Prairies aussi. Jeanne donna naissance à douze enfants et tous se marièrent.
Au recensement de 1681, la ferme des Marsan-Baiselat comporte six arpents de terre défrichés et trois bêtes à cornes contribuent au développement de la terre nourricière.
6. François naît le 13 mars 1683, épouse Marie Élizabeth Desroches, fille de Nicolas et de Jeanne Perthuis dit Lalime, le 14 février 1707 – à 24 ans. François meurt en 1750 à 67 ans alors que Marie Élizabeth quitte cette terre en 1781, tous deux à Pointe-auxTrembles. Le couple a eu dix-sept enfants, douze se marieront.
7. Jean Baptiste baptisé à Pointe-aux-Trembles, le 11 mars 1685, se marie à Québec, contrairement à tous ses frères et sœurs, le 16 octobre 1709 avec Marie Anne Denis Fronsac, née en Acadie, à SainteAnne-de-Beaubassin, en janvier 1681, de Richard Denis de Fronsac, écuyer, et d’Anne Parabego. Jean Baptiste meurt en 1718, mais Marie Anne lui survivra jusqu’en 1728 et sera inhumée à Pointeaux-Trembles. Leurs cinq enfants naîtront et décéderont à Pointeaux-Trembles. Deux se marieront aussi à Pointe-aux-Trembles.
8. Marie Catherine naît et meurt en 1687 ; baptisée le 15 avril, elle est inhumée le 24 octobre.
Un événement important scande la vie régulière des naissances : la première de Françoise Baiselat – Marie Cambin – 19 ans – se marie ! Elle épouse, le 19 juillet 1688, Antoine Galipeau, charpentier, originaire de Poitiers, frère de Gilles dit Le Poitevin. Marie devient ainsi la belle-sœur de Jacqueline Langlois, Fille du Roy arrivée en 1668, la même année que Françoise Baiselat, mère de Marie. Sont présents au mariage ses demi-frères et sœurs, notamment Pierre Marsan, Françoise Marsan, Marie Renée Marsan, Gilles Marin époux de Françoise Marsan et d’autres amis. Antoine et Marie auront neuf enfants et vivront près de Françoise Baiselat à Pointe-aux-Trembles, une grand-mère comblée d’enfants et de petits-enfants.
9. Joseph né le 19 mars 1689, épouse Marie Jeanne Foran, baptisée le 5 septembre 1688 à Montréal, fille d’André et de Marie Boyer. Le 23 novembre 1711, il a 22 ans. Marie Jeanne donnera naissance à vingt enfants de 1712 à 1736, deux seulement se marieront à 23 et 19 ans après le décès de leurs parents. Joseph est inhumé le 18 juin 1740 à Pointe-aux-Trembles, à 51 ans. Son épouse est décédée à 50 ans.
10. Catherine, le dixième enfant de Françoise Baiselat et de Pierre Marsan, est baptisée le 28 avril 1691 et est inhumée le 6 juin suivant.
Puis, sans qu’on en sache quoi que ce soit, Pierre meurt entre 1691 et 1693, âgé d’environ 65 ans, laissant Françoise Baiselat âgée d’environ 40 ans avec cinq enfants et encore célibataire. Marie Renée se mariera le 23 novembre 1693 à 19 ans. En 1691, les enfants ont environ 15 ans pour Anne Antoinette, 11 ans pour Jeanne, 8 ans pour François, 6 ans pour Jean Baptiste et environ 3 ans pour Joseph.
Que fera Françoise ?
Avec tous ces enfants sur les bras, elle n’hésite pas, elle se remariera. Elle trouvera un autre soldat… André Corbeil dit Tranchemontagne, 26 ans – originaire de la paroisse Saint-Porchaire, en Poitou, en Charente-Maritime, né en 1666, de Jean Gourpil Corbeil et de Marie Bernard. Le mariage a lieu à Pointe-aux-Trembles, le 4 janvier 1693.
Malheureusement, la naissance du premier enfant de ce nouveau couple sera fatale à la mère ! Françoise Baiselat meurt en couches, le jour même de la naissance de François Corbeil, le 30 mai 1694.
Elle avait environ 43 ans. « Le 30 may 1694 a esté baptisé françois gourbeil fils de André gourbeil et de françoise Bizelon sa femme […] le parain a esté françois planchard la marraine Marie Roy fille qui a déclaré ne scavoir signer non plus que le père de cet enfant de ce enquis suivant l’ordonnance le parain a signé avec moi. » En marge, on peut lire « morte après avoir donné vie a son fils françois ». On ne sait rien de cet enfant ; il disparaît de nos registres.
La suite… sans Françoise Baiselat
Françoise ne verra aucun mariage des enfants Galipeau de sa fille Marie Cambin ; elle assistera à seulement deux des sept mariages Marsan et, évidemment ne saura rien du remariage de son dernier époux !
En effet, André Corbeil épousera Marie Charlotte Poudret, 17 ans, le 14 février 1695 et ils auront 11 enfants à Pointe-auxTrembles et à Rivière-des-Prairies.
La controverse au sujet de l’héritage de Cambin-Baiselat
Un mois après la mort de Françoise Baiselat en mai 1694, les Galipeau, les Marsan et les Corbeil se retrouvèrent devant le notaire Bénigne Basset pour une transaction importante : l’héritage de Laurent Cambin en France et de Françoise Baiselat à Pointe-aux-Trembles.
• Marie Cambin réclame la part d’héritage des biens de son père : une concession de 60 arpents sur 20 concédée le 8 janvier 1670 par les Sulpiciens. Elle réclame 50 livres. Comme André Corbeil n’a pas d’argent, il lui en versera la moitié dans un an et l’autre moitié l’autre année.
• Laurent Cambin hérite d’une terre en France ; Françoise Baiselat a-t-elle droit à cette part d’héritage ? Ce sont 3 000 livres qui sont en jeu. Marie Cambin croit que sa mère n’a pas droit à cette portion d’héritage. Le silence enveloppe cette dimension.
• À sa mort, Françoise Baiselat laisse des enfants de ses trois mariages : Marie Cambin dont nous venons de parler, mariée à Antoine Galipeau ; les Marsan : Françoise épouse de Gilles Marin, Marie Renée épouse de Jean Baptiste Dufresne, Antoinette, Jeanne, François, Jean et Joseph Marsan, tous mineurs ; et François Corbeil du 3 e mariage. Héritiers et tuteurs se retrouvent devant le notaire Adhémar en présence aussi du curé Séguelot de Pointe-aux-Trembles, une semaine après l’enterrement de Françoise Baiselat. André Corbeil, il va sans dire, acquiert la succession de 350 livres qu’il aura à partager. Comme il n’a pas d’argent « il paiera ou en monnaye ou en bled froment, bon, loyal et marchand », le 1 er de l’an 1695, 1696 et 1697. En 1698, le 18 novembre, André Corbeil échange une terre de Pointe-aux-Trembles contre une autre appartenant à André Archambault, située à Rivière-des-Prairies. André Archambault s’engage à payer 500 livres à Corbeil, mais 300 livres de ce versement iront aux enfants de Pierre Marsan pour mettre fin à la dette liée à la succession. Quant à la terre acquise par Françoise Baiselat après la mort de son premier époux, le 4 mars 1693, elle fait partie de la succession, mais pas celle que Pierre Marsan a cédée à la paroisse pour payer les frais d’inhumation de Françoise !
• En 1706, plus de dix ans après cet arrangement, François Marsan (1683-1750), avant de convoler avec Marie Élizabeth Desroches, revient sur le règlement de la succession de sa mère et requiert une nouvelle évaluation de la terre que sa mère a achetée le 4 mars 1693 et réclame la révision de sa part d’héritage. André Corbeil défendit sa cause et l’intendant Raudot n’y donna pas suite.
Irène Belleau
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