20,2Fille du Roi, Arrivée en 1667, précédée par son frère Guillaume
20Louise Bouchard (vers 1647-1703)
Origine
Vers 1647, à Neufchâtel en Picardie, tel que stipulé dans l’acte de mariage, est née Louise Bouchard. Ses parents sont Laurent, maître drapier, et Nicole Bugon ou Bourguignon. Son frère Guillaume et son épouse Françoise Besnard l’avaient précédée en Nouvelle-France. Elle ne sait pas signer son nom.
On ne sait rien de plus sur sa jeunesse. À l’été 1667, alors qu’elle est âgée d’environ 20 ans, Louise s’est probablement embarquée sur le Saint-Louis de Dieppe. Après une escale à La Rochelle, ce navire mouille devant Québec le 25 septembre. À bord, il y a une centaine d’engagés, plus de 90 femmes et quinze chevaux. À cause des difficultés de navigation sur le fleuve Saint-Laurent, c’est en petite barque et en canot qu’elle continue son voyage jusqu’à Ville-Marie.
Mariage
Le mercredi 26 octobre 1667, par-devant le notaire Benigne Basset des Lauriers, Louise Bouchard et Simon Guillory se présentent pour contracter mariage. C’est le curé Gilles Perot de la paroisse Notre-Dame de Montréal qui célèbre leur union le 6 décembre suivant en présence de Charles Le Moyne, procureur du roi à la sénéchaussée de Montréal, François Ferauld, lieutenant et major du régiment de Carignan-Salière, Pierre et Jean Baptiste Gadois, habitants, Guillaume Bouchard, frère de la mariée, Zacharie Dupuys, major du lieu, Charles Joseph d’Ailleboust sieur des Muceaux, juge civil et criminel du lieu, Gabriel Celle Duclos et plusieurs autres personnes, tous amis du couple. À leur mariage, dans le registre de la paroisse Notre-Dame de Montréal, comme on leur accorde une dispense pour la levée de l’interdit au temps de l’Avent, une ambigüité demeure sur la date exacte de celui-ci. Il est inscrit le 6 novembre alors que cette date ne coïncide pas avec la période de l’Avent. Le mois de décembre est plus approprié.
Simon Guillory est le fils de François, maître-armurier. Si au mariage sa mère est nommée Anne Gaiou, d’autres historiens la nomment Élisabeth Thomas. Il est baptisé le 16 février 1646 en la paroisse Saint-Sauveur, à Blois en Loir-et-Cher. Il est le benjamin de la famille, car on lui connaît deux frères, Gabriel et Denis, ainsi que trois sœurs, Marie, Louise et Élisabeth, tous nés entre 1635 et 1642. Il sait signer son nom.
Simon « Gillors » fait partie de la liste des cinquante engagés qui quittent La Rochelle le 14 avril 1664 sur la flûte Le Noir de Hollande commandé par Pierre Filly. Il arrive à Québec le 25 mai. Au recensement de 1666, on note qu’à Montréal, dans la maison de Charles Le Moyne, il y a un domestique engagé du nom de Simon Guillory, âgé de 20 ans et arquebusier. À son mariage, on le dit armurier.
Une famille de neuf enfants
Louise a environ 23 ans lorsqu’elle donne naissance à un premier enfant. C’est un garçon qui est nommé Guillaume dans le registre de Notre-Dame de Montréal le 14 avril 1670. Pourtant, autant à son mariage avec Marie Alix le 30 avril 1696 qu’à son décès le 21 août 1749 à Boucherville, il porte le même prénom que son père, soit Simon. Cette famille compte huit enfants : Marie Louise, l’aînée, devient religieuse de la Congrégation de Notre-Dame sous le nom de sœur Sainte-Suzanne, et l’on retrouve un garçon nommé François Marie chez les Récollets à titre de séculier. Trois autres garçons et une fille prennent époux.
Le 27 janvier 1673, on baptise Marie et le 20 février qui suit, on inhume son corps. Puis, c’est Jeanne Françoise qui voit le jour le 12 avril 1674. Elle épouse Jacques Gaudry Bourbonnière le 1 er février 1694. Elle décède quelques jours après avoir mis au monde son quatrième enfant, soit le 6 juin 1700 à Varennes. Seulement sa fille Marie Jeanne née en 1696 devient adulte et prend époux.
François est baptisé le 18 mars 1676. C’est dans les registres de la Louisiane que l’on retrace les évènements de sa vie. On le suppose marin ou militaire et venant de France. Vers 1711, c’est à Mobile en Alabama que Jeanne Monfort de Belle-Isle-en-Mer devient son épouse. Leur unique enfant, Joseph Grégoire, a huit enfants avec Marie Jeanne Lacasse et quatre autres avec « Marguerita », une esclave noire. Aujourd’hui, on retrouve, dans le sud des États-Unis, une descendance des Guillory qui est aussi blanche que métissée. En 2002, un épisode cinématographique de 52 minutes destiné au milieu scolaire lui est consacré sous le titre François Guillory, armurier en Louisiane.
Le cinquième enfant de Louise Bouchard est baptisé le 12 septembre 1678 sous le nom de Simon. Ce fils de la veuve madame Guillory connaît une mort tragique en novembre 1698 alors qu’il est âgé de 20 ans. Dans son acte de sépulture on y a inscrit : « avait ete noye il y avait environ cinq semaines vers le Sault St-Louis et dont le corps a ete trouve le 5 décembre 1698 flottant sur l’eau proche de l’ile Ste-Therese ». Puis, on baptise le 20 juin 1680 une fille du nom de Marianne. Son parrain est Pierre Soumande, marchand, et sa marraine est Marie Anne Hazeur. On ne sait pas ce qu’elle est devenue.
Le 15 juin 1681, Louise met au monde des jumelles. On enregistre le décès d’Anne deux jours plus tard. Marie Madeleine épouse Antoine Tesserot, charpentier, le 2 mars 1699. On peut lire dans son acte de sépulture, à Lachine en date du 6 mars 1704 : « quy mourut de maladie de dans son lie » et qu’elle est inhumée dans la nouvelle église. Cette union est sans descendance.
La dernière, Marie Louise, est baptisée le 30 décembre 1682 alors que sa mère Louise a trente-cinq ans. On célèbre son premier mariage avec Jean Baptiste Massiot le 14 août 1701. Trois enfants naissent de cette union, mais seulement deux de ses filles prennent époux. De son second mariage en un lieu inconnu avec Joseph Cuillerier Ribercour, le 13 juin 1708, elle met au monde sept autres enfants, dont quatre se marieront.
Recensement et lieux de résidence
Une terre de trente arpents en superficie située à la côte SaintFrançois devient le domicile de la famille Guillory, le 1 er octobre 1668, mais ils ne sont que de passage, car elle est revendue le 16 août 1669. Puis c’est une succession de concessions, achats, ventes et location de terres au lac Saint-Pierre, au lac Saint-Louis, à Lachine et à Laprairie ainsi que d’une maison proche de la commune. C’est aussi la construction de 2 maisons et de 6 boutiques sur la rue Saint-Paul que Simon vend à François Hazeur ainsi qu’une autre qu’il fit reconstruire sur la même rue. Au recensement de 1681, Simon Guillory a 2 fusils, 2 bêtes à cornes et 17 arpents de terre en valeur et un domestique de 17 ans prénommé Nicolas. Dans les années qui suivent, c’est l’achat d’une terre au sault SaintLouis et un emplacement près de la chapelle Notre-Dame-de-BonSecours que lui accordent les Sulpiciens. À plusieurs de ces endroits, la famille n’y a pas habité.
Des gens dynamiques
Cultiver et habiter la terre ne fait peut-être pas partie des projets de vie de Simon Guillory, armurier. Déjà en 1672, il engage un forgeron, Jean Sauvage dit La Giroflée, puis en 1673 c’est Louis Coudret dit Deslauriers. En 1677, c’est un apprenti du nom de Louis Chapacou qui se joint à lui. En 1680, il engage Nicolas Pré et, en 1681, Noël Rouillard. En 1682, Nicolas Pré est de nouveau son engagé.
En 1676, Simon Guillory fonde la corporation des armuriers avec Pierre Gadois, René Fézeret, Jean Bousquet et Olivier Quesnel. Celle-ci apparaît comme une « organisation rudimentaire » et c’est à la suite d’une discorde entre Guillory et Fézeret que l’on met fin à l’association au début de 1681.
Avec l’idée de résoudre ses problèmes d’argent, Simon Guillory décide d’aller faire la traite des fourrures avec les Outaouais. En prévoyant ses absences, le 23 mai 1682, par-devant le notaire Maugue, Simon fait de sa femme sa « procuratrice généralle espécialle ». Il autorise Louise Bouchard à régir, gouverner, gérer et administrer tous et chacun des biens de leur communauté, demander et recouvrir… et défendre tous et chacun de leurs intérêts et affaires, bailler à ferme, loyer, espèce d’argent, en moisson de grains… Si cette procuration peut être considérée comme une très grande preuve de confiance envers le bon jugement de son épouse, comment a-t-elle reçu cela ? À 35 ans, bien qu’elle soit secondée par un domestique, Louise Bouchard se retrouve seule la majorité du temps pour voir aux affaires de la famille et à ses cinq enfants, soit Guillaume Simon, 12 ans, Jeanne, 8 ans, François, 6 ans, Simon, 3 ans et Marie Madeleine, 1 an. Sait-elle qu’elle est de nouveau enceinte en ce jour du 23 mai ? Elle accouche de sa dernière fille, prénommée Louise, en décembre de la même année.
En 1685, Guillory achète de François Pougnet un congé de traite pour 900 livres et des marchandises pour 2 853 livres et 9 sols. Puis, il s’associe à Étienne Campeau, mais un différend les mène à un procès en 1687. Le 15 septembre 1692, il signe un contrat devant le notaire Maugue pour un engagement de transport de marchandises à Michillimakinac et à Chicagou. En 1693, il travaille pour la Compagnie du Nord à la baie d’Hudson et assiste à la prise du fort Albany. Est-ce un dernier voyage ? On ne connaît pas le lieu ni la date exacte de son décès. Louise Bouchard est réputée veuve à la suite d’une longue absence de son époux et c’est en date du 14 novembre 1695 qu’une mise en tutelle des enfants de feu Simon Guillory est inscrite à la juridiction royale de Montréal.
Fin de vie de Louise Bouchard
Même dans le doute de la mort de Simon Guillory, la vie continue pour Louise. Elle voit à la gestion de leurs biens communs que ce soit en donnant quittance pour dettes ou en réclamant son dû. Comme tout lui est possible, et sûrement pour subsister, elle tient auberge dès 1693. On l’accusa même d’avoir fait la « traite d’eau-de-vie avec les sauvages » en 1701.
Le 28 août 1703, c’est au notaire Adhémar que Louise Bouchard dicte ses dernières volontés. Jean Chénier est dégagé de ses obligations envers elle et sa fille Madeleine reçoit en legs tout ce qu’elle lui doit à ce jour21 . Dans les registres de la paroisse Notre-Dame de Montréal, on inscrit qu’elle est « morte en sa maison le trente et unième jour d’août après avoir reçu les sacrements, âgée de cinquante-six ans ou environ ». L’inhumation est datée du 1 er septembre, soit le lendemain de son décès.
Soulignons le courage et la ténacité de cette pionnière de Montréal en Nouvelle-France.
Lise Hébert
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