2,20Fille du Roi
20Marguerite Cardillon (vers 1641-1711)
Autres graphies : Cardignon et Cardon.
Origine
Marguerite Cardillon est originaire de la paroisse Saint-Gervais et Saint-Protais, dans le 4 e arrondissement de Paris, la plus ancienne paroisse sur la rive droite de la Seine. Née vers 1641, son père est Noël Cardillon et sa mère, Marie Dubois. Pour l’instant, on ne sait rien de plus sur sa famille et son enfance.
Le 2 octobre 1665, c’est à Québec qu’elle débarque probablement du vaisseau Le Saint-Jean-Baptiste de Dieppe ainsi que les 88 autres jeunes filles et femmes venues pour peupler la NouvelleFrance. Elle apporte 200 livres de dot et elle ne sait pas signer son nom.
Mariage
Par-devant le notaire Romain Becquet de Québec, le 6 janvier 1666, elle contracte mariage avec Claude « Jourdain », fils de Marin et de Margueritte Gabrielle (ou Jullien). Il est de l’Isle en Bourbonnais, de l’évêché de Senlis, un des diocèses historiques de la Picardie. On estime sa date de naissance vers 1636.
Dans le registre de la paroisse Notre-Dame de Québec, on retrouve en date du mardi 12 janvier 1666, la mention de mariage entre Marguerite Cardillon et Claude « des Jardins ». Il y est inscrit qu’après les fiançailles et la publication de deux bans, monseigneur de Pétré les ayant dispensés du 3e , c’est Henri de Bernières, prêtre, curé, qui leur a donné la bénédiction nuptiale en présence de Charles Gauthier, Martin Massé et Romain Cécille.
L’époux est aussi appelé « Desjardins dit Charbonnier » en Nouvelle-France. Est-ce à cause du « dit » que certains auteurs le considèrent comme étant un individu qui pourrait avoir fait partie des militaires arrivés en 1665 ? D’autres vont jusqu’à faire un lien avec la compagnie Duprat-Deportes, arrivée à Québec le 14 septembre 1665 à bord du navire Le Saint-Sébastien. Est-il malade et soigné à l’Hôtel-Dieu ? Nous ne pouvons y répondre à ce jour. Au cours de leur vie, ses enfants sont aussi nommés « Desjardins dit Charbonnier ».
La famille
Bien que certains historiens et chercheurs en généalogie aient écrit que la famille Cardillon-Desjardins se compose de six enfants, les dernières recherches tentent de démontrer que Marguerite n’en aurait eu que cinq.
Elle a environ 26 ans lorsque, le 13 avril 1667, on note dans les registres de la paroisse Notre-Dame de Montréal le baptême de l’aîné, Zacharie. Le parrain est Zacharie Dupuy, major de l’île de Montréal et la marraine est la damoiselle Hélène Picoté de Belestre, fille de Pierre. Le 1 er février 1711, il épouse Marie Anne Piton/ Toulouse, fille de Simon et de Marie Breza. Sont présents ses frères Roch et Antoine Desjardins, son beau-frère Joseph Barbe, Jean Dauluy, un maçon de Rivière-des-Prairies et le père de la mariée, Simon Piton. Zacharie a près de 45 ans, Marie Anne en a 22.
Le couple Desjardins-Piton a onze enfants qui naissent entre 1712 et 1729. Michel et Marie Josephe meurent bébés, Joseph décède alors qu’il est âgé de moins de vingt ans et on ne sait pas ce que sont devenus Marguerite et François. Les autres prennent époux après le décès de leur père en 1736. Les couples sont formés de Marie Anne et Michel Belisle, d’Antoine et Thérèse Lemire, de Pierre et Angélique Joly, de Charles et Louise Truchon/Léveillé, de Marie Françoise et Guillaume Normand/Malaupouce ainsi que de Jean Baptiste et Angélique Maisonneuve.
Le second enfant de Marguerite se nomme Jean et il est baptisé le 16 décembre 1669 à Montréal. Son parrain est Jean Rouxcel, sieur de la Rousselière, chirurgien, et sa marraine est Cecille Jannot, fille de Marin, maître charpentier. Ces deux personnes ont signé le registre. C’est l’interprétation de l’âge au décès inscrit dans une sépulture en date du 29 août 1681, au nom de Jean de Jourdain, que l’on retrouve dans le registre de la paroisse de Pointe-auxTrembles qui crée un imbroglio sur le nombre d’enfants de Marguerite. Certains lisent « 3 ans et demi » alors que, pour d’autres, c’est « 13 ans et demi ». Bien que la précision de l’âge des personnes soit relativement peu importante à cette époque, on peut attribuer ce décès à cet enfant qui a en réalité onze ans et demi et non à un autre fils plus jeune. La cause de la mort n’est pas mentionnée.
Le 11 juin 1673, c’est une fille du nom de Margueritte qui est accueillie dans la famille. Son parrain est Jean Gasteau, époux de Charlotte de Coppequesne, une Fille du Roy arrivée en 1666. Sa marraine est Michelle Lauson, femme de Jean Coron, maître tourneur. Elle épouse Abel Joseph Barbe (Beard), originaire de Londres en Angleterre, le 28 avril 1699 à Pointe-aux-Trembles. Ses parents sont Louis Beard et Louise Meurfoi. Au registre, il est inscrit la présence des personnes suivantes : Paul Tessier, Jacques Aubuchon et Le Breton, curé de Pointe-aux-Trembles. Le mariage est célébré par Henri Antoine Meriel, prêtre de Montréal. Joseph a 20 ans, Marguerite en a presque 26. Au moment de son mariage, Abel Joseph venait tout juste de quitter l’armée et le roi reconnaissant lui avait donné 100 livres.
Huit enfants naissent de l’union Beard-Desjardins entre 1700 et 1717. Deux filles nommées toutes les deux Marie Marguerite ainsi que Pierre décèdent en bas âge. Le parrain de ce dernier est Pierre Payen, écuyer, sieur de Noyan, enseigne dans la marine, fils de Pierre Payen, écuyer, lieutenant et capitaine de vaisseau ayant servi aux côtés de Pierre Le Moyne d’Iberville et la marraine est Marguerite Livernois, dont le père est aussi capitaine d’une compagnie du détachement de la marine. Par son mariage avec Abel Joseph, Marguerite Desjardins semble bien en vue dans la société.
Jeanne Barbe épouse Jean Baptiste Maguet en 1725 et Louis, Marie Madeleine Poitras en 1724. Les trois autres filles prennent époux après le décès de leur mère, le 26 janvier 1728. Les couples sont formés de Marie Madeleine et Antoine Sicard, de Marie Anne et Paul Chevaudier dit Lépine ainsi que de Marguerite et Joseph Laporte. Abel Joseph Barbe épouse en secondes noces Élisabeth Legardeur à Contrecœur le 30 juin 1729. Elle est la fille naturelle de Jean Baptiste Legardeur et de Marthe Richaume née à Repentigny le 3 avril 1691.
Le quatrième enfant de Marguerite Cardillon se prénomme Roch. Baptisé à Pointe-aux-Trembles le 25 février 1676, son parrain est Roch Toin (Thouin) et la marraine est Marie Chrétien, Fille du Roy de 1670 et femme de Paul Perrot. C’est à Rivière-des-Prairies qu’il épouse Marie Boulard, le 26 novembre 1704. Les parents des époux ne sont pas inscrits dans l’acte de mariage, toutefois, on note les trois personnes présentes qui sont Zacharie et Antoine Desjardins, les frères de l’époux, et François Boulard. Ce dernier est le père de la mariée et sa mère se nomme Françoise Lauzon. Roch est âgé de 28 ans et Marie de 21 ans.
Entre septembre 1705 et août 1721, le couple DesjardinsBoulard a huit enfants. Voici la liste de ceux-ci et de leurs époux et épouses : François et Jeanne Desroches, Pierre et Marguerite Michel/Taillon, Jean Baptiste et Marie Anne Labelle, Joseph et Marguerite Filiatrault/Saint-Louis, Paul et Catherine Allard, Anne et Michel Filiatrault/Saint-Louis, Marie, la deuxième nommée ainsi, et Joseph Joly.
Depuis 1982, on trouve, dans le quartier Rivière-des-Prairies de la ville de Montréal, deux avenues parallèles portant chacune le nom de ce couple d’ancêtres, soient Roch-Desjardins et Marie-Boulard.
Marguerite Cardillon a environ 42 ans lorsqu’elle met au monde son dernier enfant. C’est un garçon nommé Antoine et il est baptisé à Montréal le 10 février 1683. Antoine Dufresne et Marie Chauvin sont parrain et marraine. Il décède à l’Hôtel-Dieu de Montréal le 20 septembre 1730 et le lendemain son corps est inhumé dans le cimetière proche de l’église. On le dit âgé de 50 ans alors qu’il en a 47. On ne lui connaît ni femme ni enfant.
Les recensements et lieux de résidence
Après leur mariage à Québec en janvier 1666, c’est à Montréal que l’on retrouve la famille lors du recensement de 1667. Claude a 31 ans, Marguerite 26 et Zacharie 9 mois. La famille a déjà deux arpents de terre en valeur. Dans un acte rédigé par le notaire Basset en date du 23 janvier de la même année, les Sulpiciens leur concèdent une terre au lieu-dit la côte Saint-François, au-dessous du second ruisseau.
Au recensement de 1681, on inscrit que Claude est âgé de 32 ans et que son épouse Marguerite en a 30. C’est possiblement une erreur de transcription de l’âge pour le couple, car Zacharie a 15 ans, Marguerite 9 ans et Roch 5 ans. Bien sûr, Antoine, le petit dernier, n’y figure pas, car il naît en 1683. Claude a aussi six arpents de terre en valeur. Lors du décès de leur fils Jean en août 1681, on inscrit dans le registre de la paroisse de Pointe-aux-Trembles que la famille réside à « Bois-Brûlé, sur l’Isle de Montréal».
Le notaire Claude Maugue note dans son registre en date du 29 décembre 1688 que les Sulpiciens font une concession de terre située à la côte Saint-François, au-dessous du fort de la Longue-Pointe à Claude Desjardins. C’est au bout de celle qu’il possède déjà.
Des gens discrets
Dans les actes notariés de l’époque, les informations que l’on retrouve sur le couple Cardillon-Desjardins se limitent aux transactions des plus usuelles, soit leur contrat de mariage, les deux concessions de terre par les Sulpiciens et le partage de celles-ci entre les enfants au décès des parents. Leurs enfants ont fait preuve de la même discrétion.
La seule inscription retrouvée dans les registres de la Prévôté de Montréal pour un membre de la famille est celle impliquant Marguerite Cardillon lorsqu’elle est citée comme témoin, parmi tant d’autres, dans la cause de Julien Beloy accusé de coups portés sur la personne d’Élisabeth Cusson, femme de Joseph Aubuchon, en date du 28 avril 1695.
Fin de vie
On ne connaît ni le lieu ni la date du décès de Claude Desjardins. Toutefois, en date du 28 mars 1699, Marguerite Cardillon vend la terre familiale à son gendre, Joseph Barbe Quant à elle-même, c’est dans le registre de la paroisse Notre-Dame de Montréal, lors de son inhumation en date du 24 juin 1711, que l’on apprend qu’elle est décédée à l’Hôtel-Dieu du même endroit, âgée d’environ 70 ans. Il ne semble pas exister d’inventaire après décès. Marguerite a une fin de vie tout aussi discrète qu’elle le fût durant celle-ci.
Lise Hébert
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