2Fille du Roi,
13Massacrée lors de l’attaque par les Iroquois a Lachine
2UNE PROCURATION SIGNÉE PAR LES ENFANTS DU COUPLE DAGENAIS/BRANDON LE 21 SEPTEMBRE 1702 DEVANT LE NOTAIRE PIERRE RAIMBAULT DONNE LES CIRCONSTANCES DE SON DÉCÈS: "FILS ET FILLES DE DEFFUNCTS PIERRE DAGENET
... ET DE DEFFUNCTE ANNE BRANDON SA FEMME LEUR PERE ET MERE PRIS ET TUES PAR LES HIROQUOIS IL Y A ENVIRON QUATORZE ANS". SOURCE: MSGCF, VOL. 59, NO 2 (ÉTÉ 2008), P. 115
BAPTISÉE LE 2 SEPTEMBRE AU TEMPLE PROTESTANT DE SEDAN. SOURCE: LE FICHIER ORIGINE
20Anne Brandon (1634-1689)
Ses origines
Anne Brandon est une Fille du Roy protestante, née de père et de mère de la religion prétendument réformée, émigrée dans son propre pays pour fuir les édits d’Henri II, luttant contre la religion de Calvin en tentant de ramener au bercail catholique tous les adeptes calvinistes. On a entretenu un silence « obligé » sur les Filles du Roy calvinistes, étant donné que les protestants n’avaient pas accès à la Nouvelle-France même si marchands de toutes sortes battaient pavillon sur nos côtes.
Anne Brandon est née le 28 août 1634 et baptisée le 2 septembre suivant à Saint-Laurent, dans les Ardennes, en Champagne, patrie de Maisonneuve, de Marguerite Bourgeoys, de Jeanne Mance, de Jean Talon, de Lambert Closse, des forgerons du Saint-Maurice et de plusieurs Filles du Roy, notamment Jeanne Beauveau, Marie Besche, Françoise Goubilleau, Marguerite Housseau, Marguerite de Nevelet et bien d’autres de la Haute-Marne et de l’Aube.
Anne Brandon est la fille de Daniel Brandon, hôtelier comme son père, et de Jeanne Proligue, mariés le 19 septembre 1632 au temple protestant de Sedan ; elle est la première de huit enfants : Pierre I sera le deuxième (1636), Élizabeth (1638) qu’on retrouvera en 1702, Pierre II (1641), Marie (1643), Jean (1647) qu’on retrouvera aussi en 1702, Philippe (1648) et Jeanne (1653). Lorsque
l’aînée Anne part pour le Nouveau Monde en 1665, la plus jeune de ses frères et sœurs a douze ans. Pourquoi part-elle ? Ne pourraitelle pas, à 31 ans, aider plutôt sa mère, ses frères et sœurs ? D’autant plus que son père tient hôtel, tout en étant maître potier. Mystère.
Son arrière-grand-père paternel, Jean Brandon, a quitté Châlons (Champagne) en 1558 pour Genève, toujours pour éviter d’être massacré comme protestant. Son arrière-grand-père maternel aussi, Philippe du Cloux, notaire et bourgeois, avec sa femme Marson (et non Manon) Patoulet et leurs cinq enfants vers Sedan de même que son grand-père Abraham Brandon, marchand, et sa grand-mère Élizabeth du Cloux. D’ailleurs les du Cloux, des protestants, de la lignée de sa grand-mère maternelle émigrent aussi, Philippe du Cloux et Jean du Cloux à Sedan. Anne émigre donc en laissant derrière elle une parentalité très importante sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Comment Anne s’est-elle rendue à La Rochelle pour emprunter les bateaux royaux comme les 88 autres Filles du Roy descendues à Québec en 1665 ? Probablement en barque et charrette. L’exil est devant elle. À son âge, elle entretient sans aucun doute le rêve d’une autre vie : un ailleurs où elle pourra choisir son mari, avoir une terre et la défricher, des enfants… un pays à développer, même catholique !
Son mariage, son établissement, sa vie
Avec 15 des 99 Filles du Roy du contingent de 1665, Anne Brandon est dirigée vers Ville-Marie. C’est là qu’elle rencontrera son futur, Pierre Dagenais. Elle aura sûrement l’occasion de rencontrer par la suite Marguerite Cardillon et son époux Claude Desjardins, Antoinette Éloy et Mathurin Masta, Jeanne Groisard et son héros Zacharie Dupuis, Marie Mullois et le capitaine Pierre de St-Ours, Marie Geneviève Plémaret, Claude Prat, Marie Rémy, Catherine Varin, toutes du même groupe qu’elle.
Pierre Dagenais est tailleur de profession, natif de SainteMarguerite de La Rochelle, baptisé le 17 septembre 1634 et arrivé depuis 1657. Fin connaisseur du quotidien, il se munit de son fusil pour travailler aux champs de peur d’une arrivée surprise des Iroquois qui, d’ailleurs, lui feront la peau à 55 ans, en 1689. Pierre et Anne ne passent pas devant le notaire ; pas de contrat de mariage. C’est à l’église devant le curé Gabriel Souart, p.s.s., qu’ils s’unissent le 17 novembre 1665, quelques mois après l’arrivée d’Anne. Il a 31 ans comme elle. Il a, depuis le 29 octobre 1663, une terre louée de deux arpents d’Olivier Charbonneau, pour trois ans. Sont témoins à leur mariage Pierre Jarry, Nicolas Hubert et Gilbert Barbier, pionniers des années 1650 et voisins de la terre de Pierre Dagenais.
La famille
Six enfants naîtront de ce couple de 1666 à 1679 ; Michel, le premier né, meurt à 21 ans et la dernière, Cunégonde, ne vivra que deux semaines. Les quatre autres s’établiront à Montréal, à Pointe-aux-Trembles et à Repentigny. Les voici :
1. Françoise Marie naît le 3 mars 1668 à Montréal (ils habitent la Commune) et elle épouse Pierre Roy I, d’origine inconnue, le 25 mars 1689. Ils ont trois enfants à Lachenaie ; un seul, Pierre Roy II, se mariera le 20 janvier 1711 à Pointe-aux-Trembles avec Élizabeth Isabelle Chartier. Le premier de Françoise Marie décède à un mois et la troisième, Catherine, meurt à 49 ans. Pierre Roy I, son époux, décède le 31 juillet 1692 et Françoise Marie donne naissance à Marie Thérèse, une enfant dite illégitime née le 6 février 1697 et décédée à 12 jours. Françoise se remarie le 22 avril 1699 avec Pierre Chonar et elle a, de nouveau, trois enfants : Pierre en 1701, Ignace en 1703 et Pierre Gilbert en 1706. Aucun ne se mariera.
2. Marie Cécile, née le 12 avril 1670, épouse Claude Dumais le 19 juin 1698 à Montréal. Les deux époux reconnaissent avoir eu une fille, Marie Charlotte, 20 mois auparavant, née le 18 octobre 1696, qu’ils considèrent comme leur premier enfant; elle est d’ailleurs inscrite au premier rang de leur famille. Elle épousera Pierre Chodillon le 30 janvier 1717. Ils ont, par la suite, six autres enfants dont seulement un se marie : Jean Baptiste, le 7 janvier 1754, avec Geneviève Caty. Marie Cécile décède à 75 ans le 13 octobre 1745 à Pointe-aux-Trembles.
3. Pierre, né le 21 octobre 1672, épouse une veuve, Marie Drouet, le 30 avril 1695 à Pointe-aux-Trembles. Ils auront dix enfants de 1695 (le premier est né trois mois après le mariage) à 1713, dont sept perpétueront l’abondante descendance des Dagenais. Pierre atteindra 77 ans et ses trois fils assistent à sa sépulture le 19 décembre 1749 au Sault-au-Récollet. Marie Drouet l’a précédé dans la tombe, le 29 janvier 1736.
4. Élizabeth Isabelle naît le 26 mars 1676 et elle épouse, le 15 novembre1698 à Repentigny, Jean Baptiste Auger Lafleur dit Libourne (ville de son origine), évêché de Bordeaux. Élizabeth, tout comme Marie Cécile, a eu un enfant avant son mariage : Joseph est né le 11 novembre 1695 et décédé le 11 décembre suivant. Elle et Jean Baptiste eurent 10 enfants, dont quatre prolongeront la dynastie des Auger. Jean Baptiste Auger meurt en 1736 et Élizabeth Isabelle lui survivra jusqu’en 1757 et meurt à 81 ans, le 27 mai.
Engagement social de Pierre Dagenais
On retrouve Pierre Dagenais, même avant son mariage, au baptême de Pierre Cardinal, fils de Simon et de Michelle Garnier, à Montréal, le 31 mai 1665. Il est aussi au mariage de Jean Grou, le fils de ses voisins, Étienne Grou et Judith Lefer, qui épouse Marie Anne Goguet le 23 novembre 1671 à Montréal.
Le recensement de 1681
Le couple Dagenais-Brandon est à Montréal en 1681, probablement sur la terre de 60 arpents que Dollier de Casson, p.s.s., leur a concédée ; il a 3 bêtes à cornes et 9 arpents de terre défrichés. Il a vendu en 1670 la terre qu’il avait à la côte Saint-François depuis 1667, pour 160 livres.
Selon ce recensement, Pierre I a 50 ans, Anne 40, Michel 16, Françoise 14, Cécile 12, Pierre 8 et Élizabeth 6 ans. Cunégonde est morte.
Décès des parents
Cette famille a subi les tomawaks des Iroquois à Rivière-des-Prairies le 9 août 1689. Le père et la mère furent tués. On a cru longtemps (et écrit) que la mère Anne Brandon avait survécu au désastre, même si son acte de sépulture n’existe pas. Mais un document du notaire Pierre Raimbault nous donne l’heure juste à leur sujet. Voyons cela.
La procuration de 1702
C’est le 21 septembre 1702 qu’un document – quasi ignoré – est relevé par les auteurs d’un article dans Les Mémoires de la Société de généalogie canadienne-française 4 et rédigé par Roland-Yves Gagné et Nadine Gilbert. Il s’agit d’une procuration passée devant le notaire Pierre Raimbault, envoyée à Élizabeth Brandon à Paris et signée par :
1. Pierre Dagenais
2. Pierre Chonar et Françoise Dagenais
3. Claude Dumais dit La Feuillade et Cécile Dagenais
4. Élizabeth Dagenais et Jean Auger dit Libourne
« fils et filles de deffuncts Pierre Dagenet vivant habitant de cette isle et tailleur d’habits et de deffuncte Anne Brandon sa femme leur père et mère pris et tués par les Hiroquois il y a environ quatorze ans ».
Voilà qui éclaircit une donnée jusqu’à présent sans preuve. Ce texte dit bien que les deux, père et mère, ont été tués il y a 14 ans c’est-à-dire en 1689. Ce texte stipule aussi que « leur tante Élizabeth Brandon veufve de deffunct Mathurin Corel demeurant à Paris chez le Sieur Morel rue de Sèvres parroisse St-Sulpice… pour recevoir de Jean Brandon leur oncle maternel, marchand à Lyon, et y demeurant rue des Quatre-chapeaux à la Plume Royale, tout ce qu’il plaira au dit Sieur Brandon donner ou envoyer aux dits Dagenais ».
Irène Belleau
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