20,2Fille du Roi
20Marie Madeleine Hébert (vers 1651-vers 1716)
Origine
Orpheline de père et de mère, la jeune Hébert a environ vingt ans lorsqu’elle quitte définitivement le sol français et se tourne vers l’avenir et le Nouveau Monde avec plus d’une centaine d’autres Filles du Roy embarquées probablement sur le navire La Nouvelle-France qui mouillera dans les eaux du fleuve devant Québec le 31 juillet 1670. Elle était originaire de la paroisse Notre-Dame de Mantes-sur-Seine (Mantes-la-Jolie) dans l’évêché de Chartres où habitaient alors ses parents, Marguerite Meunier et Guillaume Trubert.
Mariage
Deux mois plus tard, elle a déjà fait son choix. Denis Brosseau est l’élu. Un maître meunier de vingt-sept ans. Ils passent un contrat de mariage devant le notaire Ameau, le 15 octobre 1670 à TroisRivières. C’est la seule preuve qui ait été conservée de leur union. Il faut croire que Denis Brosseau était destiné à Marie Madeleine puisqu’il avait cassé un premier engagement contracté 6 novembre 1669 avec une autre Fille du Roy, Jeanne Aubert, devant le même notaire Ameau.
Famille
Avec un métier comme le sien, il n’eut pas de mal à se trouver un emploi en Nouvelle-France, même s’il ne savait pas signer son nom (ni elle non plus d’ailleurs). La demande des seigneurs pour des meuniers était grande. Heureusement pour Marie Madeleine, elle n’a pas connu un premier hiver dur dans une cabane de pieux. Denis s’est tout de suite fait engager dans la région de Trois-Rivières. C’est là d’ailleurs que leur premier enfant, Marie Gertrude, est née le 28 janvier 1672. Malheureusement elle mourra encore bébé, le 12 juillet 1673.
Marie Renée, la suivante, sera baptisée le 3 novembre 1673 dans la paroisse Notre-Dame de Québec, alors que Denis travaillait pour le sieur de la Potherie. On ne sait trop pourquoi il changeait souvent d’employeur. On retrouve Denis Brosseau et sa famille à Batiscan le 16 octobre 1674, où les Jésuites leur louent pour trois ans le moulin à eau, moyennant 16 minots de blé par année. Avec cela, on leur fournit une maison près du moulin. Mais pour un an seulement. En même temps, les Jésuites leur concèdent une terre de deux arpents de front sur 40 de profondeur. C’est dans ce décor que Marie Madeleine mettra au monde Pierre vers 1675 et Marie Marguerite vers 1676.
Déménagement à Ville-Marie
À l’automne 1677, au terme de son entente avec les Sulpiciens, Jean Brosseau et les siens déménagent à Pointe-aux-Trembles où il occupera le poste de meunier du lieu pendant quelques années. Marguerite y naîtra vers 1678 ainsi que le jeune Denis le 13 mars 1680. Voilà Marie Madeleine rendue avec trois enfants sur les bras, Marie Renée et Marguerite étant décédées. Elle devait espérer que son homme ne soit pas appelé dans une autre seigneurie à nouveau. Déjà que déménager de Batiscan à Pointe-aux-Trembles avec des enfants en bas âge avait été toute une histoire. Hélas, en 1681, les Sulpiciens confient au meunier Brosseau, sans doute reconnu pour sa compétence et sa responsabilité, la bonne marche de leur moulin de Ville-Marie au coteau Saint-Louis derrière la chapelle Bonsecours. En même temps, ils lui concèdent une terre de 80 arpents au lac Saint-Pierre, laquelle il revendra à Hugues Messagué dit Laplaine au prix de 50 livres le 1 er janvier 1687.
La marmaille de Marie Madeleine sera donc élevée pour un temps aux environs du gros village de Ville-Marie. Trois autres petites sœurs et un petit frère s’ajouteront aux autres qu’elle a déjà. Élisabeth, le 28 août 1682, Catherine, le 27 décembre 1684, Marie Anne, le 17 janvier 1687 et Denis, le 7 novembre 1689. Sûrement de la joie plein la place. Du trouble et des inquiétudes aussi. S’ils ont baptisé leur dernier enfant du nom de Denis, ce fut sans doute pour guérir la plaie du deuil de leur autre enfant du même nom qui était décédé à l’âge de sept ans le 3 octobre 1687.
Le 24 janvier 1692, à 41 ans, Marie Madeleine met au monde son onzième et dernier enfant, une fille, Marie Louise. Et avec sa trâlée, elle se prépare encore à déménager. De l’autre bord du fleuve cette fois, à Laprairie, les Jésuites ont loué au meunier Brosseau leur moulin à vent moyennant 60 minots de blé par année, en septembre 1692. Par la même occasion, ils lui ont vendu deux concessions de cinquante arpents chacune comprenant une maison de vingt pieds sur dix-huit, pour la somme de 600 livres. Il devra cependant la faire déménager au village de Laprairie en raison de la guerre, pour empêcher les Iroquois de la brûler.
En 1696, Denis est toujours meunier des Jésuites puisqu’ils lui concèdent un emplacement de terre dans le village de Laprairie. Les enfants de Marie Madeleine sont rendus grands. Marie Marguerite se marie à Laprairie avec Michel Marier Sainte-Marie le 11 avril 1695. Et Pierre, qui a 21 ans, travaille probablement aux champs pour faire donner du rendement aux deux concessions achetées en 1692 et à l’emplacement dans le village. Pourquoi alors aurait-il acheté de René Cuillerier une terre de cent arpents pour la somme de 500 livres payables par une rente annuelle de 25 livres par année, si ce n’était pour la faire fructifier ? On ne sait pas si Pierre travaillera sur les terres de son père. Il se marie le 9 juin 1698 à Laprairie avec Barbe Bourbon.
Est-ce que Denis Brosseau était un homme qui avait attrapé la « bougeotte » ou bien si, à cette époque, il y avait un gros roulement de personnel dans le domaine de la meunerie ? Toujours est-il que, le 7 octobre 1704, Jean Boucher de Monbrun, seigneur de Boucherville, lui loue pour trois ans son moulin à vent pour la moitié de tous les grains que le moulin gagnera. Plus la valeur de la moitié d’un cochon de dix-sept mois livrable à la Toussaint. Est-ce que Marie Madeleine l’a suivi avec sa maisonnée ou bien s’il revenait à la maison de temps en temps ?
Ce fut au tour de Marie Anne de quitter la maison et de se marier le 3 novembre 1706 avec Jean Baptiste Trouillet Lacombe. À la fin de son contrat avec le sieur Monbrun, le meunier Denis revient à Laprairie où il vend une terre à Michel Marie dit SaintMarie pour la somme de 450 livres. C’est la dernière trace que Denis Brosseau a laissée de lui avant de mourir et d’être inhumé le 27 octobre 1711 à Trois-Rivières.
Trois semaines après la mort de leur père, les deux dernières grandes filles de Marie Madeleine se marièrent à Laprairie, Marie Louise avec Pierre Lefebvre le 17 novembre 1711 et Catherine avec Pierre Arlen Herlin le 20 novembre 1711.
On ne sait pas quand ni où est décédée Marie Madeleine Hébert. Elle est partie « sans laisser d’adresse ». On l’a vue pour la dernière fois le 3 décembre 1716 à l’église de La Nativité-de-la-BienheureuseVierge-Marie de Laprairie. Son fils Pierre l’avait choisie pour être marraine au baptême de son petit Jean François.
Descendance
Au travers le va-et-vient de sa vie, Marie Madeleine a donné naissance à onze petits Brosseau. Deux sont décédés en bas âge. Quatre dont on ne connaît rien d’autre que leur date de naissance. Les cinq autres se sont mariés et « eurent beaucoup d’enfants », dont 29 se sont mariés et « eurent beaucoup d’enfants » à leur tour.
1. Pierre Brosseau s’est marié le 9 juin 1698 à Laprairie avec Barbe Bourbon. Ils eurent 19 enfants. Dix se sont mariés.
• Marie Barbe à Jacques Demers Dumais le 30 janvier 1719 ;
• Pierre à Marie Jeanne Moquin le 11 février 1732 ;
• François à Marie Josephe Suzanne Le Ber le 17 octobre 1729 ;
• Joseph à Marie Françoise Pinsonnault Lafleur le 14 avril 1738 ;
• Marie Anne à François Faille le 16 février 1733 ;
• Marie Marguerite à Jean Baptiste Boyer le 18 novembre 1737 ;
• Barbe Élisabeth à Jacques Le Ber le 7 janvier 1737 ;
• Marie Françoise à François Caille Biscornet le 31 janvier 1757 ;
• Agnès à Joseph Caille Biscornet le 19 février 1748 ;
• Anne Catherine à François Pinsonnault Lafleur le 19 février 1748.
2. Marie Marguerite Brosseau s’est mariée à Laprairie avec Michel Marier Sainte-Marie le 11 avril 1695. Quatre de leurs enfants se sont mariés.
• Marguerite à Claude Bisaillon le 22 novembre 1717 ;
• Michel à Marie Marguerite Boyer le 1 er février 1734 ;
• Pierre à Marie Anne Marcil le 12 novembre 1753 ;
• Marie Marguerite à Antoine Dumontet Lagrandeur le 23 février 1745.
3. Catherine Brosseau s’est mariée à Laprairie avec Pierre Arlen Herlin le 20 novembre 1711.
• Marie Barbe fut la seule enfant à se marier. À Pierre Demers Dumais le 14 janvier 1755.
4. Marie Anne Brosseau s’est mariée le 3 novembre 1706 avec Jean Baptiste Trouillet Lacombe. Huit de leurs enfants se sont mariés.
• René à Marie Charlotte Françoise Auger le 7 janvier 1744 ;
• Joseph à Marie Françoise Leclerc le 8 novembre 1751 ;
• Jacques à Marie Anne Levasseur Carmel Vasseur le 25 février 1754 ;
• Marie Anne à Michel Serre le 17 août 1738 ;
• Marie Charlotte Louise à Jean Leroux Provencal le 16 janvier 1745 ;
• Marie Madeleine à Simon Chevrefils Belisle le 29 janvier 1748 ;
• François à Marie Thérèse Poirier le 6 octobre 1761 ;
• Marguerite à Pierre Fafard Joinville le 24 mai 1757.
5. Marie Louise Brosseau s’est mariée à Pierre Lefebvre à Laprairie le 17 novembre 1711. Six de leurs enfants se sont mariés.
• Marie Suzanne à François Joachim Bourassa le 10 janvier 1735 ;
• Marguerite à René Rivet Rive le 24 janvier 1746 ;
• Marie Louise à Pierre Roy le 14 janvier 1737 ;
• Anne Catherine à Jean Baptiste Lafetiere Jasmin le 28 août 1747 ;
• Pierre à Marie Marguerite Caille Biscornet le 5 février 1753 ;
• Jean Marie à Marie Marguerite Demers Dumais le 18 janvier 1751.
Rédaction : Yves Chevrier Recherche : Michelle Desfonds
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